mardi 8 décembre 2015

L'invasion

J'ai des poux.
Est ce que ça va me laver la tête si j'écris ?
J'ai des poux. Des petits trucs qui te vous sucent le sang à même la peau. Ils n'ont rien de méchant, c'est juste leur boulot. On ne dit d'ailleurs pas "ils te démangent", on dit "ça te démange" tellement qu'ils ne sont pas responsables de leurs actes. Ils sont délocutés comme disait mon prof' de philo. Quand je pense que si on écoutait les amis de la nature, faudrait pas les tuer ces sales bêtes, mais juste essayer de les apprivoiser, de les nourrir gentillement, d'en faire peut-être des amis ou des confidents.
J'ai des poux, de plus en plus nombreux, de plus en plus affamés, à un point qu'ils me font dire des bêtises, et que je sens qu'un jour, je vais vraiment m'énerver. Eux, ils n'ont pas vraiment de raisons d'être là, ni de haine, c'est juste qu'ils sont comme ils sont. Ils n'ont pas demandé à arriver dans ces forêts capillaires où ne voit bien que celui qui est le plus haut. C'est certainement la faute à ceux qui les portent. Ils sont comme une charge inutile dans un monde qui n'a pas besoin d'eux. Alors ils n'ont plus qu'à être eux-mêmes, des sales bêtes affamées, moches en plus de tout, qui ne vivront pas longtemps même si on les laisse, acharnées jusqu'à leur mort à leur basse besogne: celle de me gratter la tête, de me faire dire des bêtises, d'avoir la haine contre eux alors qu'il sont juste des poux, de pauvres cafards minuscules, et rien d'autres.
Mais qu'arriverait il si je finissais par les aimer, les adopter, les laisser par milliers, pousser au milieu des mèches ? Si je finissais par les filer à ma famille, mes amis, ma ville ? Si je finissais par lâcher toute cette haine sourde dont, moi aussi, je pourrais expliquer enfin, que je n'ai pas d'autre choix que de la laisser proliférer ? Je fais quoi avec ces sales bêtes, ces immondes reflets déformés d'un moi bientôt exsangue ?
Alors oui, je pourrais aussi ne rien faire, devenir comme eux, m'acharner à vivre au jour le jour, à me nourrir, à exister, sans questions, à profiter pleinement du sang de l'autre jusqu'à ce qu'épuisé, il se transforme en moi.
Et qu'on soit tous avec la tête qui gratte, des poux mangés par des poux. Démangés par la peur de ne pas manger.

dimanche 11 octobre 2015

Dimanche après le rhum

On en a marre de dire l'évidence, alors on s'enferme dans l'abscons, le quant-à-soi et les mystères sibyllins. On en a marre de s'indigner et que rien ne se passe à part le temps. On en a marre des mots qui ne font rien qu'à narguer notre impuissance à les rendre réels.

Alors on va à la brocante, des fois que le passé ne nous saute à la gueule et nous oblige à aller de l'avant, ou ne nous fige définitivement dans ce sourire crispé d'enfant qui ne sera jamais plus.

Le problème c'est qu'on n'est pas là, mais qu'on est sûr d'avoir été là-bas et que là-bas n'est plus ici. Le passé ne nous habite même pas et il lui faut des totems, des bouts d'écharpes, des haleines de réveil.
Je ne suis pas sûr qu'on puisse échapper au présent, mais les efforts que l'on fait pour s'y soustraire sont prodigieux et si épuisants que tout cela ne peut être que mortel.

Trouver l'infini dans l'instant, voilà le vrai défi.

samedi 5 septembre 2015

L'émotion de censure

Dans ce pays, toute émotion est suspecte et déclenche l'ire du réac qui sait, lui, quand il faut s'émouvoir, quand il faut pleurer ou pas, dans des post où sa haine de l'autre peut enfin pleinement s'exprimer.

Mais si, vous le connaissez, lisez le, vous verrez: rien n'est jamais de sa faute, ni de sa responsabilté, c'est toujours de la faute du gouvernant, de la politique, des journalistes, des gauchistes, cette lie qui en veut à sa propriété, qui salit ses rues de manifs, qui vit sur le cul des ses impôts.

Mais si vous le connaissez, c'est celui qui rappelle tout le temps qu'il a déjà donné, que les pauvres d'en bas de chez lui sont prioritaires
(à savoir que lui s'est déjà occupé de tout ça, qu'il est super avec les gens qu'il aime et qu'il est irréprochable)

Mais qui rappellera également qu'il faut pas trop pousser avec le RSA
(à savoir que lui en profitera peut-être un jour comme les autres et que s'il y a moyen de magouiller, il le fera parce que "eh, les autres le font bien ")

Mais si, vous le connaissez, lisez le celui qui ne propose jamais rien hormis frapper les délinquants ou faire couler les bateaux, alors que sa vie est à l'abri, que l'hôpital et l'éducation lui sont fournis, lui qui n'a jamais eu à se battre pour obtenir la moindre liberté et encore moins pour ce pays "qu'on attaque", qui coule des jours à l'abri comme du cholesterol dans les artères et surtout, celui qui finalement fait peser lourdement une chape de plomb sur le moral de ses concitoyens. Ne le cherchez pas que dans les votes extrêmes et regardez aussi s'il ne sommeille pas en vous.

Mais si, vous le connaissez, lisez le celui qui regarde les riches avec envie et qui crache sur les chômeurs, crache sur les people et les bourgeois mais voudrait en être, celui qui déblatère son avis sur des guerres qu'il ne comprend pas, celui qui par la magie de son ignorance mène le monde à la baguette.

Ce qu'il y a de bien dans son cas, c'est que d'être con, ça ne se voit pas, ça ne se sent pas et ça ne nécessite pas de venir de tel ou tel milieu.

C'est pas comme un migrant qu'on voit arriver de loin,
C'est pas comme un handicapé en fauteuil roulant,
C'est pas comme un camerounais ou un indonésien,
un algérien ou un esquimau,
C'est pas comme un SDF au visage marqué par la crasse,
C'est pas comme un enfant mort jeté sur le rivage,

Alors je suggère à à la communauté scientifique de trouver rapidement un moyen de les reconnaître,

ces cons,
ces fafs,
ces réacs,
ces haineux

et je suggère qu'on trouve, rapidement, un produit pour que leurs humeurs leur donnent un joli teint jaunâtre ou verdâtre,
qu'on puisse les reconnaître dans la rue,
qu'on puisse leur faire subir la traque dont ils rêvent pour les autres et puis qu'on les capture,
qu'on les mette sur ces bateaux sans fond sur lesquels eux-même voulaient voir les réfugiés
et qu'on les coule en les donnant à bouffer au passage aux requins, parce que je vais te dire,
moi, je l'attends avec impatience,
le grand remplacement de cette engeance.

mardi 16 juin 2015

Michael

Rien ne lui revenait. Aucun souvenir alors que tout était si familier. Combien de temps s'était-il passé ? Une heure ? 15 jours ? Une année ? Il ne se rappelait même pas s'être changé ou avoir enfilé ce costume gris cobalt un peu rigide, ni ces chaussures léopard invraisemblables.
Pour le reste, tout était comme d'habitude: de son lit par la baie vitrée, il voyait le ciel, son bleu acide et le soleil si sûr de lui, la ville gigantesque aux formes troublées par la chaleur. Il entendait aussi ses enfants dans leurs chambres, l'un sur sa console, l'autre au téléphone, et sa femme qui prenait une douche - sa femme, comment s'appelle-t-elle déjà ?
Et puis voilà que ça le reprend, la bougeotte, cette foutue bougeotte qui le pousse à se lever pour descendre les escaliers quatre à quatre et sortir de cette grande maison qu'il ne se rappelle même pas avoir achetée. Comment dit la chanson déjà ? Ah oui, "And you may ask yourself . Well...How did I get here?"
De qui est-ce ? Il sait que ça passe sur cette radio qui n'arrête pas de changer mais impossible de se souvenir du nom du groupe. Et le voilà dans la rue, parfois marchant, parfois courant, traversant sans regarder si une voiture arrive. Où va t-il ?
Ses pas l'emportent comme s'il le savait. Il aimerait s'arrêter mais c'est plus fort que lui, il est un bandit, un escroc. Et oui, c'est ça ! Il a un truc à régler, il a besoin d'une voiture, peut-être doit-il trouver celui qui lui a troué la mémoire. Il s'approche d'une Porsche Cayenne, sa préférée, ouvre la portière, tire le conducteur par le col, lui met un direct dans l'estomac, le laisse par terre et file dans le véhicule. A peine démarré, des bagnoles de flics retentissent au loin comme si ces salopards étaient déjà au courant. Il tourne brutalement le volant et le voilà qui roule sur un trottoir pour couper court vers un boulevard. Des corps passent de part et d'autres de son chemin, après avoir rebondi sur le pare choc du 4X4. Ça ne lui fait ni chaud ni froid et il se demande bien pourquoi, mais pas le temps de réfléchir. Faut foncer. Le GPS ! Le GPS ! Oui, ça y est, il sait où il doit aller: l'initiale de son contact vient d'apparaître en haut à droite de l'écran. Mais il faut semer les flics d'abord alors qu'un hélicoptère l'a pris en chasse. Et d'où sort-il celui là ? Le voilà au volant d'une voiture volée et en l'espace de 30 secondes, toute la villle est au courant ?? C'est quoi ce bordel !? Il fonce à travers les rues, klaxonne tant les autres conducteurs semblent faire semblant de ne pas le voir. Il cogne une puis deux puis trois voitures, rentre dans un camion. C'est un prodige qu'il ne soit ni mort, ni blessé et que la Porsche roule encore. On ne peut pas en dire autant des piétons qui tombent comme des mouches. Tiens, en parlant de mouches, les flics lui filent toujours le train et ne semblent guère emmerdés de rouler sur les jantes. Fonçant maintenant sur l'autoroute, il se retourne de temps en temps pour mitrailler ses poursuivants. Fatale, sa technique le rive dans le cul d'un semi-remorque alors qu'il roule à 145 mph. Un peu sonné - comment ça qu'"un peu sonné" ? - il sort de la voiture en flamme avec un fusil d'assaut - mais quid de la mitraillette ? - et court se réfugier dans les dédales de la ville - c'est quoi son nom à cette putain de ville ? Il bouscule les gens, grimpe sur une échelle, il court, il va trop vite, il ne voit pas le bord de l'immeuble, il tombe et….
- "Putain, j'allais avoir les 6 étoiles de recherche" hurla Quentin !
- "Laisse tomber" rigole Arthur "contre moi à GTA V, tu peux pas test ! File moi cette manette !"
Rien ne lui revenait.

lundi 15 juin 2015

Un accident au milieu de Times Square

Il avait décidé ça pendant la nuit, comme dans un demi-sommeil ou plutôt une demi-insomnie, et s'était levé heureux, avec la sensation d'enfin remonter le submergeant torrent de mauvaises nouvelles qu'il ne laisserait plus jamais l'engloutir.
Oui, ç'en était fini de la littérature, des fils d'informations et de toutes ses envies de savoir ce qui se passe autour de lui, que ce soit par les livres ou par wifi.
Il voulait être enfin libre des chaînes du savoir: connaître était devenu trop déprimant et les vérités trop aveuglantes pour pouvoir jouir correctement du moment présent.
Sur les réseaux sociaux, la transparence supposée d'un flux dégoulinant de textes mal écrits et sans analyse réelle, avait fini de le persuader d'abandonner tout effort d'en apprendre plus.
Désormais, même la jouissance qu'il avait à dévorer ses auteurs préférés, à fréquenter les musées, les théâtres, les expositions, était érodée par le peu d'enthousiasme que montrait ses contemporains à l'envie d'échanger, par leur manque de curiosité, eux-mêmes déprimés par une existence où leur impuissance à gérer leur destin semblait de plus en plus patente.
Plusieurs fois déjà il avait pensé arrêter, suite à des soirées où son éloquence, sa gourmandise de mots avaient été stoppées net par le regard dubitatif de convives incrédules ou des attitudes de défiance à l'écoute de ses phrases trop longues. Il regrettait d'ailleurs que ce désir permanent qui vivait en lui, d'user de ses nouvelles connaissances, de tester des pensées fraîchement comprises et assimilées, soit pris pour de l'arrogance.
Il ne pensait pourtant pas être plus intelligent que les autres mais il avait rapidement accepté que la soif de lire, cette passion de découvrir d'autres pensées, et tout simplement, le monde de l'autre, n'était pas ou plus du tout enfouie dans les priorités de tout un chacun.
Les effets se firent rapidement sentir.
Après une première phase, assez difficile, qu'il qualifiât lui-même de "désintoxication", il alla brûler tous ses livres, cessa de fréquenter les salles de concerts et se résigna à sortir ailleurs qu'à la salle de repos ou lors des grands rassemblements.
Puis il s'aperçut non sans amusement, qu'il prenait de nouveau goût à son travail pénible et répétitif, enfin soulagé de toutes ces pensées, ces réflexions inutiles sur le sens de la marche, le pourquoi du comment du lever et du coucher de soleil qui n'intéressait personne autour de lui.
Il se sentait enfin libéré de ces utopies que de trop beaux textes lui avaient mises dans la tête et dans le cœur.
"Cœur ? Quel drôle de mot !" pensa-t-il.
Puis ce fut dans le regard de ses chefs qu'il vit quelque chose changer: le fait qu'il soit d'accord avec eux, que plus rien ne vienne contester leur autorité dans ce regard autrefois trop renseigné, les avait rapprochés. La devise "Chacun pour soi et Tous pour le boss" lui semblait même prendre défintivement sens. Il se surprit même à réutiliser ses antennes pour échanger avec les autres.
Enfin, il ne perçut plus comme supportable une autre forme de pensée que celle de sa petite société, et ne trouva plus souhaitable que des cultures différentes viennent y foutre le souk.
Ironiquement, ce que H-238 ne put jamais saisir dans cette infinitésimale fraction de temps que la vie lui avait accordée, c'est qu'en se résignant ainsi, il avait refusé à lui-même et à ses semblables, la place de première fourmilière de l'Univers à abriter la conscience.
Et quelques jours plus tard, aucune parole ne sortit de lui lorsque le pied d'un enfant vint écraser ces milliers d'années d'évolution qui au final, n'étaient qu'un accident au milieu de Times Square.
(à Werber et clin d'œil à Xavier Bray)

vendredi 6 février 2015

Dédicacé à toi le musicien, qui pense que le monde est contre toi. Parfois à juste titre.

J'entends souvent des gens de la scène grenobloise se plaindre de ne jamais être programmés ou accompagnés par des structures locales.

En même temps, j'ai envie de leur dire, si être programmé ou aidé à Grenoble avait promis quiconque à un grand avenir, ça se saurait.

Il faut bien comprendre que dans le cadre de la programmation culturelle, saint des saints de la réussite intellectuelle, récompense d'un parcours dû à l'intégrité esthétique sans faille de celui qui s'en occupe, on se construit dans une confiance immense en ses propres sens et la méfiance, voir le rejet, de tout ce qui ne semble pas venir de soi.

Sachez-le: à l'instar du boucher, mon programmateur est un artiste.

Qu'il soit issu du sérail subventionné, petit bras du privé, chef d'un festival ou self made programmateur, il n'est pas question pour lui de se laisser envahir par la cohorte de sous-merdes locales prétendant au trône, non plus de la notoriété, mais de l'aide structurelle ou du coup de pouce épisodique. Non. On a déjà assez à faire avec ceux qu'on vous présente, les projets de ceux qui travaillent avec vous, et les copains qui frappent à la porte pour ne pas en plus de ça, se fader un groupe de chanson, d'électro ou de pop, aussi motivé soit-il.
Et si parfois, on daigne ouvrir la porte à ces pauvres ignares sans talent, c'est qu'on les a croisés moultes fois à sniffer la même poutrasse pas vraiment pure, dans le carré VIP du festival du coin où flotte l'espoir un peu rance que les cougars rejetées de la loge de Pete Doherty se rabattent sur le petit personnel.

Le programmateur aujourd'hui, c'est un peu le David Guetta de la culture.

Non content de partager avec ses amis artistes un goût immodéré pour l'estime de soi et la chaussette trouée, il faut lui reconnaître d'avoir su catalyser ces dernières années, cette aura mystique et esthétique de la hype dont les jeunes ploucs locaux feraient bien de s'inspirer dans la nécessité de leur propre édification, même s'ils ne savent pas vraiment comment s'orthographie et ce que signifie ce dernier concept.
D'ailleurs, n'a-t-il pas la bonté de montrer la voie, lorsqu'avec l'humilité qu'on lui connaît, il fait partager ses propres expériences artistiques sur les réseaux sociaux ou son goût sûr pour les vieux vinyls ?

Mais attention de ne pas faire du programmateur un trublion voué entièrement aux délires peoplesques dans lesquels pourraient l'emmener les artistes quand ils commandent de la drogue à 3h du matin !
Le programmateur a une limite: la main qui le nourrit, à laquelle il voue une dévotion sans égale, mais pas trop quand même, parce que parfois politiquement, ça peut changer.
Normalement, vue l'anémie d'ambition culturelle à droite, rester à gauche est signe de sage conduite.

N'oublie pas également, cher artiste frustré, qu'il n'est pas simple de rendre des comptes sur un budget, et qu'un euro étant plus que jamais un euro, on ne peut pas non plus t'expliquer à chaque fois tout le cheminement qui fait que le talent d'un artiste grandit au fur et à mesure de la distance qui le sépare du lieu de programmation.
Oui, c'est un peu difficile à comprendre mais ne t'inquiète pas, c'est logique.
- Ah bon ?
- Oui.

Bref, non contente d'avoir sauvé un paquet d'ados timides de leur DEUG de socio et d'un avenir morose dans des bleds improbables, la belle profession de programmateur qu'on décrit trop souvent avec mauvaise foi - ben oui, tu râles parce que tu n'y es pas, c'est tout - a encore un avenir tout tracé, pour peu qu'on lui donne un salaire et l'espoir de nuits beaucoup plus belles que ses jours.